Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 18:55

Le Bénin, tout comme le Togo ou le Ghana, possède une étroite ouverture sur la mer. A peine plus de 150 km de côte sur le Golfe de Guinée. Cotonou est un des ports les plus importants d'Afrique de l'Ouest. Il a d'ailleurs été racheté tout récemment par un de nos plus vertueux compatriotes, M. Bolloré – qui a dit que la Françafrique était morte?

Derrière le port et le quartier des ambassades, en continuant vers l'ouest, on trouve l'aéroport et son trafic très fluide, puis le quartier Fidjrossé. Après l'aéroport, la route s'arrête au niveau d'un quartier très justement surnommé Fin-Pavé. Ici, commence la Route des Pêches et son sable fin. Sur une dizaine de kilomètres, la ville s'estompe progressivement. Zones résidentielles et bars branchés très fréquentés le week-end, de rares hôtels de luxes désertés et quelques somptueuses bâtisses d'anciens ministres ou de riches Béninois. La Route commence donc discrètement en longeant la plage, jonchée de détritus, notamment ces sachets en plastique noir distribués quotidiennement par millions pour absolument tout et n'importe quoi, dans lesquels porcs et chèvres miniatures se donnent à coeur joie. La densité de population se rapproche inexorablement du zéro lorsqu'on atteint le village de Togbin et l'école de de théâtre d'Alougbine Dine, petit coin de paradis isolé, et c'est à peu près à cet endroit que le poème commence.

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Une langue de terre d'environ 30 km de long pour 3 km au plus de large, coincée entre l'océan et la mangrove, et qui court jusqu'à Ouidah, cité côtière tristement célèbre pour avoir été la dernière terre africaine foulée par des millions d'esclaves, et ce durant des siècles.

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Le sable devient orange, et parcourt joyeusement le millier de nuances qui le sépare du rose. D'un côté, l'océan offre généreusement des poignées de vagues jamais capricieuses, de l'autre, des cocotiers par milliers bercés par un vent de mer qui gonfle leurs feuilles épaisses.

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Des cocotiers à perte de vue, jusqu'aux marécages qu'évidemment, on ne distingue pas, mais dont la verdure et les cactus qui tapissent le sol témoignent de l'existence. Parfois, un hameau de cases s'aligne face à l'océan, et l'on remarque une architecture simple au matériau unique. Des feuilles de cocotiers tressées constituent les murs, les toits et les palissades de chaque case. Soudain, comme surgis de nulle part, on voit au loin, sur la plage, une quarantaine de silhouettes parallèles penchées singulièrement sur le sol. En s'approchant, on comprend qu'une véritable lutte s'engage contre l'océan pour le délester de ses entrailles à l'aide d'un filet interminable.

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Les pêcheurs, marginaux dans leur pays pour n'avoir pas peur de la mer, se doivent de vaincre la nature au tir à la corde pour gagner quelques pièces. Une fois la victoire acquise, on peut aller à leur rencontre pour choisir quelques spécimens parmi les centaines de poissons entassés et encore surexcités.

Sur la moto, la conduite est par moments plus que sportive mais, brûlés par le soleil et apaisés par l'air marin, salués par les cocotiers penchés et les enfants sans cesse souriants, l'heure qu'il faut perdre pour parcourir les quelques kilomètres qui nous sépare de Ouidah n'est jamais sacrifiée à regret.

Evidemment, tout cela semble n'être qu'un stupide cliché. La mer, le soleil, les cocotiers...certes...mais au fond qu'est ce qui constitue ce qu'on appelle plus ou moins péjorativement un cliché? A quel moment tel ou tel type de lieu devient un cliché? Je crois qu'il s'agit d'un endroit où, indiscutablement, on prend son pied à ne rien faire d'autre qu'être précisément en cet endroit. Sincèrement, quand en fin d'après-midi, on sirote une bière bien fraîche sur une petite pelouse à l'ombre, à quelques mètres d'une plage déserte, on a plutôt les idées claires.

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Mais la Route des Pêches va essuyer un drôle de revers. Un soir, puisque l'on habite désormais dans une maison à une dizaine de mètres de cette route, au niveau de la ville encore, je monte sur le toit à l'heure où le soleil se couche, histoire de scruter les vagues. Mais le ciel se couvre, le vent se lève et de drôles d'oiseaux noirs volent en rase motte. Je me rends en fait compte qu'il s'agit des sachets en plastique qui planent au-dessus de la route comme un mauvais présage moderne.

Le lendemain matin, le réveil est gris, la bruine est insolente et la population hébétée fait les cents pas sur la voie. Des tractopelles sont passées aux aurores pour tout raser. Absolument tout. Des dizaines et des dizaines d'échoppes de rues sont simplement détruites. A présent, les gens démontent   ce qui reste et récupèrent ce qu'ils peuvent. La veille, on était allé manger sous une grande paillotte au bord de la plage. Ce matin, il ne reste que le comptoir, unique partie en dur de la buvette, isolé sur le bord. Et puis, le sable retourné révèle des tas de déchets enfouis. Sous le regard triste des parpaings noircis par l'humidité, la visage de la rue vire au mélancolique.

Les rumeurs vont bon train, et il faudra quelques jours avant d'obtenir une version qui s'approche de la réalité.

Benoît XVI débarque au Bénin d'ici deux semaines. Evidemment, le pays se met en quatre pour l'accueillir. Et comme le vieux crocodile a décidé de visiter Ouidah, il faut prendre des mesures. Il y a deux moyens pour se rendre à Ouidah depuis Cotonou. La Route des Pêches, paisible et impraticable, et la route nationale, bitumée et infernale. Mais pour le passage de la Papemobile, la nationale va être fermée et toute la circulation va être transférée sur la Route des Pêches. Un joyeux bordel en perspective. Pour faire face, les autorités ont décidé (à deux semaines de l'arrivée du Pape) de bitumer la Route des Pêches. Pour ce faire, il faut commencer par tout raser. Bien entendu, le chantier n'ira pas plus loin. Donc, la voie a été ravagée, est bien moins praticable qu'avant et de nombreuses personnes ont tout perdu. Et on apprendra par la suite qu'à travers toute la ville, des maisons ont été rasées pour sécuriser la visite de Sa Sainteté. Amen.

Du coup, quand je vois son petit sourire condescendant placardé en 4x3 à travers toute la ville, je sens mon aversion pour le Vatican monter en puissance. Mais j'essaie de faire abstraction, car ce serait juger des dizaines de milliers de Béninois qui, en dépit et en pleine conscience de tout, reçoivent la visite du Pape comme une joie et un honneur. Ce qui met en lumière une nouvelle grande différence dans nos manières de penser et d'agir. Car, contrairement à nous, le Béninois (et tant pis pour la généralité) ne mesure jamais les sacrifices qu'il doit faire.

 

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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 13:45

 

On a donc trouvé du boulot. Mais pour bien faire les choses, on part une semaine en vacances avant d'embaucher. En vérité, ce voyage était prévu depuis quelques temps lorsqu'on à trouver ce plan pour bosser. De toute façon, ça ne pose aucun problème à Pierre, notre nouveau patron. On remarquera bien vite que son organisation est à la béninoise, à savoir complètement décousue. La seule chose qu'il trouve curieux, c'est qu'on choisisse d'aller à Penjari pendant la saison des pluies.

Il faut bien comprendre que la saison des pluies ici n'est pas comme la mousson asiatique où des journées de pluie incessantes peuvent se succéder. Parfois, le ciel s'assombrit brusquement, le vent se lève de nulle part et une averse torrentielle s'abat, inondant les pistes et les champs (« la pluie m'a tapé! »), pendant quelques heures avant de repartir sans demander son reste. Mais la plupart du temps, le soleil impose une chaleur écrasante et domine la journée.

 

Penjari est la plus grande réserve naturelle d'Afrique de l'Ouest et s'étend du nord du Bénin jusqu'au Burkina. On peut y observer de nombreuses espèces animales qu'on a plutôt l'habitude de voir dans la petite lucarne. Mais pendant la saison des pluies, les points d'eau se multiplient et par conséquent il est plus difficile d'apercevoir la faune sauvage. Voilà l'info qu'on reçoit la veille de notre départ pour un voyage qui va s'avérer aussi loufoque qu'éprouvant.IMG 2583

Un matin, nous prenons donc la route en direction d'Abomey, la cité des rois. Capitale historique du   Bénin et demeure des souverains. Notamment Behanzin, le dernier roi du royaume du Dahomey, véritable héros national pour avoir tenu tête deux fois aux Français à la fin du XIXe avant de se faire lâchement piégé. Il a de nombreux descendants directs qui portent fièrement son nom, dont le père Théophile.

Après quelques heures de route et une crevaison, on atteint la cité historique pour une petite visite culturelle qui nous éclaire sur l'histoire du royaume jusqu'à la colonisation.

Pour la nuit, on est hébergé chez un député. J'avais déjà évoqué l'engagement politique de Franck, notre coloc qui est du voyage. Il a donc le bras long. Le député possède une IMG 2594immense demeure, aussi somptueuse que froide, aux murs blancs carrelés, signe extérieur de richesse, au beau milieu d'un quartier décrépi. En bon musulman qu'il est, il a fait bâtir une mosquée en face de chez lui et s'apprête à partir à La Mecque pour la dix-septième fois. En plus du gîte, il nous offre un repas généreux qu'il ne partagera pas avec nous puis nous propose de regarder France24 sur son écran plat haute définition, sans s'asseoir avec nous. En tout et pour tout, on aura passé moins de dix minutes de la soirée en sa compagnie. On a quand même le temps d'apprendre que Son Honorable l'Excellence, en plus d'être député, est juge des ministres et le lendemain, il nous fera visiter l'hôpital qu'il a fait construire et dont il est naturellement le directeur. Il nous vante les mérites de son établissement, de son équipement, et des tarifs accessibles qu'il propose. C'est étonnant l'énergie qu'il dépense à nous en mettre plein la vue, pourtant, il omet de nous expliquer pourquoi on ne croise aucun patient.

De surcroît, il est fort sympathique, et on peut difficilement remettre en question son hospitalité. Mais avec toutes les histoires que l'on entend sur les politiciens, je ne peux m'empêcher, tout en l'écoutant, de me demander à quel point ce type est pourri ou vertueux. La balance penchant malgré moi vers le premier choix.

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Sur la route...


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...les sourires sont gratuits!

 


 

Le lendemain, groIMG 2599sse étape pour rejoindre Tanogou, aux portes de Penjari. Les camions embrassent les ravins, les chèvres s'encordent par dizaines sur les toits des 504, le piment, le manioc sèchent sur le bord de la voie et la brousse défile. Subitement, les vertes collines  du vieux Hemingway poussent un peu partout, toujours luxuriantes, et les étoiles pleuvent déj à sur nous lorsqu'on atteint Tanogou. On passe la nuit chez l'habitant dans une case aux murs en terre rouge craquelée et au toit de chaume avant d'attaquer deux jours dans la réserve.IMG 2720

Comme je disais, la saison n'est pas la plus propice et on n'apercevra pas les plus beaux animaux que renferme le Parc. Mais on n'est pas au zoo, et on aura quand même le privilège de voir toutes sortes d'animaux sauvages dans leur élément naturel.

Des volatiles d'abord, des dizaines et des dizaines d'espèces colorées, bariolées que je serais bien aise de pouvoir nommer. La savane s'étend à perte de vue. Quelques forêts où les termites s'enferment  dans de véritables forteresses. Et puis les plaines d'herbes hautes, parfois si hautes que même assis  sur le toit du camion, on ne voit pas l'horizon. Parfois, dans un bosquet, les branches s'agitent  et une famille nombreuse de babouins apparaît. Le mâle dominant, la croupe imposante, la crinière fournie, évoque presque le lion, et se pose farouchement au devant des siens pour nous regarder passer.IMG 2701

La piste est en bonne état et témoigne d'un entretien régulier, sauf en quelques endroits incompréhensibles où même un 4x4 passerait difficilement. Et d'autres plus compréhensibles, comme ce petit pont de béton fracassé de toute évidence par un troupeau d'éléphants. Ces derniers nous feront d'ailleurs connaître une vive frustrationIMG 2685 car on repère d'innombrables traces toutes fraîches des pachydermes dans les bas-côtés boueux, et d'énormes bouses tout aussi fraîches au  beau milieu de la route. On distingue même leur passage aux tranchées qu'ils ont creusé dans les herbes hautes mais ils ne nous laisseront pas le plaisir de se laisser observer.

D'imposant, nous ne verrons que les baobabs, chauves et argentés, parfois coiffés d'un bonnet d'oiseaux blancs. Dans un mirador au bord d'un étang, on écoute le silence de la nature qui n'en est pas un puisqu'elle pullule. Le calme est malgré tout envoûtant. Sur la surface lisse de l'eau, sortent délicatement quelques paires d'yeux qui, tels des périscopes, scrutent le museau de leurs congénères hippopotames. Aux abords de l'étang, quelques antilopes et autres biches s'abreuvent paisiblement. Les antilopes, peu farouches, que nous croisons souvent par troupeaux en train de rebondir sur leurs pattes ou bien de nous fixer, curieux.

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Une petite troupe de phacochères, dont les queues sont dressées comme des antennes nous coupe la route. Un  troupeau de buffles fait trembler le sol en entendant le camion s'approcher. Un python de plus de trois mètres sinue dans une flaque stagnante au bord de la piste.

VIMG 2660oilà comment quelques minutes de spectacle étonnant comblent quelques paragraphes, contre plusieurs heures d'attente monotone sous un soleil plombant qui ne trouvent d'intérêt que dans la beauté du panorama.

Dans le Parc, les seules habitations que l'on trouve sont quelques fausses cases typiques en ciment autou r d'un grande paillote qui fait office de bar pour l'hôtel Penjari, disons semi-luxueux, et une piscine où l'eau croupit depuis plus de six mois. En ce moment il est fermé, et paraît laissé à l'abandon. La saison ne débute que dans un mois et seul le gardien, sorte d'ermite ingénu, habite ici. Il nous offre l'accès à son puits. De sorte qu'entre 12h et 16h notre seule activité a consisté à s'asperger d'eau fraîche du puits puis de se laisser sécher dans un coin d'ombre avant de recommencer. Unique remède à la chaleur écrasante. Comme saison des pluies, on a connu mieux...

Le soleil se couchIMG 2730e sur la savane, on retourne vers l'hôtel désert pour camper autour d'un feu rassurant. Le jour suivant, on sillonne encore quelques heures les pistes brûlées par le soleil, avant de revenir vers Tanogou, le village où nous avons dormi deux nuits plus tôt, et ses cascades. Après-midi paradisiaque. En cette saison humide, les rivières sont gorgées d'eau et les cascades expulsent de toutes leurs forces des gerbes d'eau qui viennent s' écraser  vingt-cinq mètres plus bas dans un bassin transparent dont la fraîcheur nous soulage des heures durant. Puis, pour parfaire la détente, on traîne un long moment les pieds dans la rivière en contrebas, à observer des poissons miIMG 2729niatures qui mangent nos peaux mortes.

 

Les deux jours du retour ne présentent pas vraiment d'intérêt. On est sur les rotules. Le vieux bahut bringuebalant a eu raison de toute notre énergie... En tout cas, l'occasion d'aller visiter le Nord se présentera à nouveau, les rares regrets s'estompent rapidement.

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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 20:20

 

Il y a de ça deux ou trois semaines, nous sommes allés au Centre Culturel Français de Cotonou, haut lieu – pour ne pas dire trop rare – de la culture au Bénin, pour voir une adaptation d'Antigone par une troupe béninoise, mise en scène par un ancien élève d'Alougbine Dine. Le monde du spectacle n'est pas bien grand ici.                                                         IMG 2291

Subtil mélange entre les versions de Sophocle et d'Anouilh agrémenté de textes du metteur en scène et de chants en fongbe, le résultat est plutôt saisissant. Moi qui ai l'habitude de passer autant de temps les yeux ouverts que fermés devant une pièce de théâtre, je dois avouer que la qualité du spectacle m'a surpris. Surtout au vu du jeu d'acteur médiocre auquel nous avait habitué la télé locale. Au terme de la représentation, on fait la connaissance de la seule actrice française de la troupe, et du metteur en scène à qui elle est mariée.

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Une semaine plus tard, nous sommes invités chez eux pour une petite sauterie qui marquera l'inauguration du bureau de leur association. Autour d'un petit buffet simplement et copieusement garni, on rencontre toute la troupe avec laquelle on a le temps de lier amitié. L'après-midi est chaleureux, la bière rafraîchit et les débats passionnent. 

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Tous les acteurs et chanteurs témoignent d'une simplicité et d'une accessibilité auxquelles on ne s'attendrait pas forcément mais qui reviennent tellement souvent dans nos rapports avec les Béninois. Leur ouverture d'esprit étonne et dénote aussi. Ils sont le fer de lance d'un art à peine balbutiant mais qu'ils ont la ferme volonté de voir grandir pour faire avancer leur pays, grâce à la culture. Leur audace paiera.

Les échanges continuent tout au long de cette journée de fête dans un milieu cultivé – expression qui normalement me dérange, mais qui n'a pas ici la connotation mondaine et présomptueuse que l'on pourrait préjuger.

Soudain, la fête prend un virage singulier. Sorti de nulle part, des voix s'élèvent et une procession festive se met en branle jusqu'au bureau à inaugurer qui a pignon sur rue, de l'autre côté de la maison. Happés par un courant au creux duquel on tape dans ses mains malgré soi, on essaie tant bien que mal de suivre les pas de danse inhabituels jusqu'à la rue.

Un cercle se crée autour d'une chanteuse de la troupe qui danse jusqu'à frôler la transe. Les rituels vaudous aussi incompréhensibles que fascinants s'enchaînent, puis on m'accorde l'intense privilège de partager la coupe d'un ruban de fortune avec la danseuse pour officialiser l'inauguration.

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On retourne vers le buffet pour célébrer tout en continuant à danser. Il faudra même se livrer à un solo sous les clameurs excités de toute la troupe. L'ambiance est électrisante. L'atmosphère est surréaliste. Mais à notre plus grand regret et celui de nos hôtes, nous devons quitter la fête prématurément. Il était prévu qu'on aille avec Franck au studio d'enregistrement, et il n'était pas prévu que cette fête dure aussi longtemps.

Mais pour bien comprendre,revenons un peu en arrière.

 

Pour tout un tas de raisons, autant financières que pratiques, nous avons déménagé chez T., le Français par qui nous avons pu faire quelques rencontre utiles. Il habite avec sa femme Joyce et héberge Franck Tonnerre (!), tous deux Béninois. Franck est un drôle de type, facétieux, un conteur né, souvent sympathique et qui possède de multiples facettes. Il est vitrier, possède sa petite affaire qui connaît des hauts et des bas, et est également engagé en politique. J'aurai l'occasion plus tard d'évoquer plus en détail ce dernier point. Mais principalement, il est chanteur, diffusé sur les radios nationales et jouissant d'une relative notoriété. Actuellement, il a un projet de chanson pour l'UNICEF. Donc, quand il a parlé de la séance d'enregistrement, il a au passage éveillé ma curiosité et forcément, je lui ai demandé si je pouvais l'accompagner.

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                          "Franck Tonnerre, l'homme qui change les saisons de la mer" (sic)

C'est pourquoi en fin d'après-midi, on quitte la petite sauterie pour un studio d'enregistrement du côté de Calavi.

Je me demande bien sur quoi on va tomber, mais l'attente de la surprise est excitante.

Dans un quartier miteux, au fond d'une petite cour, on fait la connaissance de Deyon, le chanteur d'Afafa, véritable star nationale pour le coup. Tous les bars crachent sa musique dans la rue, une fois la nuit tombée. Il tente maintenant de se reconvertir dans la production et fait ses armes comme il peut.

Je découvre enfin le studio qui s'avère être un home-studio un peu désuet avec du matos bon marché et une cabine de prise de son étroite bricolée avec des paillasses et des nattes. Mais en 24h environ que je vais passer avec lui, je vais me rendre compte du professionnalisme du bonhomme dans son approche et dans ses méthodes de travail. Ce qui corrobore au passage ma théorie selon laquelle le bon outil ne fait pas le bon ouvrier, car j'en ai croisé, sur ma route, des tocards affublés du matos dernier cri le plus cher.

Quoiqu'il en soit, de simple, de simple observateur, je vais bien vite, et Noémi également, me retrouver acteur de l'édification de la chanson. Franck pose la voix et comme je suis le seul à savoir jouer du piano, Deyon me demande de plaquer les accords correspondants sur le clavier MIDI, qui serviront de nappes. Voilà comment ça commence.

Mais, il se fait déjà tard, et après de longues palabres, on convient de revenir le lendemain pour que Noémi fasse les choeurs et que j'enregistre la guitare.

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Nouvelle facette aberrante de l'organisation à la béninoise puisqu'il n'était absolument pas prévu que nous participions.

Bref, le soir, à la maison, on retravaille un peu la chanson, je cherche des parties de guitare... Bon, il s'agit de ne pas se leurrer, la chanson ne casse pas la baraque. Mais l'expérience est plaisante.

Le lendemain donc, on passe toute la journée au studio avec Franck Tonnerre et Deyon en chef d'orchestre de talent.

Noémi pose ses parties de voix assez rapidement. Pour la guitare, c'est un autre paire de manches. Non pas que la grille d'accords soit complexe, au contraire, mais trouver la rythmique adéquate et surtout un terrain de comunication claire et précis entre le « producteur » et moi, c'est autre chose. Et puis, une fois qu'on est sur quelque chose, il faut jouer avec une précision de métronome et s'y reprendre à plusieurs fois. Ce qui me rappelle pourquoi j'avais décidé d'orienter ma carrière vers la technique du spectacle (plutôt que vers celle du studio) où l'efficacité prime sur la précision.

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En somme, une journée éprouvante mais qui ne nous a pas laissés indifférents... 

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Jeudi 27 octobre 2011 4 27 /10 /Oct /2011 16:46

 

Un choc est brutal, surprenant. Pour le choc des cultures, le terme est peut-être mal choisi car notre immersion au coeur d'une culture radicalement différente se passe tout en douceur. En apparence. Car ce « choc » n'est ni violent, ni soudain. Il est vicieux, discret, et souvent même plaisant. Il convient alors d'apprendre à jongler avec toutes les émotions, les sentiments, les réactions et les différences parfois troublantes que l'on vit chaque jour et que la moindre course peut susciter afin de ne pas se laisser déborder par ce qu'on appelle communément le mal du pays. Mais il suffit d'un poil d'humilité et de bon sens pour trouver matière à vivre pleinement et paisiblement.

Ainsi, la communication, bien que toujours très riche, n'est pas forcément aisée, et nous avons appris à nos dépens à accorder un oui avec parcimonie car, offrons un doigt, on a souvent le bras qui part avec.

 

Après Porto-Novo et Fotonou, nous nous sommes donc rendus à la paroisse du Père Timothée. Nous attendions ce moment avec une relative fébrilité car ce dernier qui fait office de figure d'autorité dans la communauté orthodoxe inspire autour de lui un respect qui frôle parfois la crainte. Et bien qu'ayant une image positive du personnage, eu égard aux rares fois où nous l'avions chacun croisé en France, on s'attend à quelqu'un de plutôt austère.

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7h du matin, les matines commencent. Dans la lumière du soleil matinal, l'église est plutôt jolie. Mais elle jouxte une église évangéliste qui anime ses offices avec une sono de concert dans une ambiance extravagante. D'où l'horaire trop matinale.

Juste avant la liturgie, Père Timothée débarque avec sa famille dans son 4x4 japonais flambant neuf. Je suis assis sur le banc, les mains croisées entre les jambes, attentif. J'essaie de distinguer les différentes parties de la liturgie. L'exercice n'est pas aussi aisé qu'il y paraît. Il n'y a pas tellement de repères. Alors je me concentre sur la ferveur des fidèles, si naturelle ,comparée à la notre, dans un pays où les croyances laissent peu de place au doute. Je médite un moment sur ce qui pourrait bien  être ma foi, mais que je juge trop volatile pour se laisser encadrer et un sentiment de gêne me gagne.

Vers la fin, alors que le choeur qui chante à l'unisson commence légèrement à m'irriter, les voisins évangélistes lancent leur groupe électrogène qui doit avoisiner les 100kW, et entament leur barouf festif qui laisse la curieuse impression d'être dans les coulisses d'un concert de Kassav. Puis vient le désormais traditionnel discours d'accueil. IMG 2253On remercie la chaleur de ce dernier, comme toujours. On les exhorte à insuffler un maximum de leur culture dans leur église. Mais la gêne qu'inspire ma présence en ces lieux s'accentue.

En privé, on rencontre enfin le Père Timothée. La simplicité, comme d'habitude, et le sourire qui mettent à l'aise. On part déjeuner chez lui. Mais avant, on fait un petit détour chez les protestants pour une grande action de grâce où l'on passe une heure délirante à danser dans un temple en effervescence, sous les percussions acharnées.

Chez lui, Père Timothée fait tomber la soutane, enfile un caleçon, un T-shirt crade et s'affale devant la télé après avoir sorti le whisky. Nous voilà complètement à l'aise à présent.

IMG 2272En qualité de prof de droit à l'université, il jouit d'une excellente situation. Il habite une très belle maison, tout confort avec toute sa famille au sens large du terme. On fait la connaissance de ses enfants puis on déguste l'igname pilé, agou, avec des morceaux de viande dans une sauce pimentée. On est assis par terre, on se régale avec les doigts, et la maîtresse de maison est en retrait.

 

Les Béninois sont fiers de nous recevoir et s'accaparent un peu notre présence, ce qui crée de légères frictions et renforce un peu plus ma gêne. Car j'ai l'impression que nous sommes reçus comme une délégation orthodoxe française officielle chargée de voir si tout se passe bien sur le terrain. Nous on se laisse guider et comme Père Timothée est un peu le patron, on retourne dans sa paroisse le dimanche suivant, contrairement à ce qui était prévu. Mais ce dimanche-là, une surprise de taille nous attend. Nous venons en effet d'être promus catéchètes de la paroisse pour les trois prochains mois, pour un groupe d'enfants de 3 à 15 ans, avec en étude un gros morceau, le Symbole de Foi. Là, le sentiment d'imposture vient subitement chasser la gêne. Je ne me sens plus à ma place. J’hésite entre le remord de les avoir dupés ou de m’être fait moi-même dupé.

Pour cette fois là, on s'en tire avec une courte séance d'introduction, aidé par les traductions à rallonge du diacre Pierre-Paul, que nous avons rencontré le soir de notre arrivée, mais pour la suite il va falloir reprendre les choses en main. D'abord car il n'a jamais été question qu’on fasse résidence dans une seule paroisse, de deux, il se peut que, de par les activités dans lesquelles on commence à s'engager, l’on doive pas mal bouger et donc réduire nos disponibilités.

Pour marquer le coup, on décide le dimanche d'après de ne pas aller à l'église du tout pour aller assister à la finale de la coupe du monde de rugby. Une petite bouffée d'air français dans un snack d'un centre commercial, copie conforme d'un Leclerc, pour un match haletant. Pour la suite on s'arrangera, mais honnêtement, qui est allé à l'église le matin de France-All Blacks?

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Vendredi 14 octobre 2011 5 14 /10 /Oct /2011 16:00

 

La télé africaine laisse franchement perplexe. Aussi bien au niveau des productions locales que du goût prononcé des téléspectateurs pour des séries importées plutôt mauvaises. Comment expliquer la médiocrité de ce qu'on peut voir sans sombrer dans un jugement méprisant du goût des autres? Disons qu'on ne se base pas sur les mêmes critères. Mais, sincèrement, à nos yeux en tout cas, ça dépasse parfois la parodie. Si bien qu'un jour comme un autre, avachi devant un sitcom édifiant, je balance de nulle part: « En fait, c'est une école de théâtre que tu devrais ouvrir!... »

Sans le savoir, je viens d'entrouvrir une porte derrière laquelle il se pourrait bien qu'on fasse du chemin. L'oeil de Noémi se met à briller. L'idée, qui n'en était pas forcément une, est plutôt bonne. Un projet est en train de germer.

Comme de mon côté, j'étudiais la possibilité de donner des cours de guitare, on imagine un plan qui semble réalisable. On loue un petit local et on ouvre une école de théâtre et de musique de quartier. Plus tard, Nicandre, lui-même désireux d'apprendre la guitare, partage notre excitation et affirme qu'il y a un coup à jouer. Il nous conseille d'aller démarcher les établissements scolaires et de leurs proposer le lancement d'ateliers artistiques. En parallèle, il pourrait éventuellement nous trouver des gens prêts à prendre des cours de musique. Pour le théâtre, il n'a pas l'air vraiment au courant. On se renseigne donc de notre côté sur la demande qu'il pourrait y avoir à ce niveau. On apprend qu'il y a une école de théâtre, un peu à l'extérieur de Cotonou. Toute jeune, mais avec un projet intéressant. A l'occasion, pourquoi ne pas aller discuter là-bas? On envoie un mail, sans grande conviction, ce mode de communication n'étant pas généralisé et on poursuit nos recherches. Il nous faut trouver un local.

Comme on doit également déménager, on se dit qu'une petite maison dont on pourrait aménager la pièce du rez-de-chaussée pour accueillir des élèves serait idéale. On essaie d'ébaucher un prospectus à distribuer aux collèges et lycées. On s'active doucement. Enfin.

Parallèlement, on avait en tête l'idée de rencontrer des Français installés au Bénin depuis un moment. Pourquoi? On a beau parler la même langue que les Béninois, on n'est pas toujours sur la même fréquence. Et c'est pas évident tous les jours d'avoir des réponses précises à des questions précises. On poste donc un message sur un forum et deux jours plus tard, on traverse la ville à moto pour aller chez quelqu'un qui nous a répondu. Comme des mômes qui font le mur, on brave tous les interdits des nos chers amis béninois qui nous ont explicitement recommandé de ne pas sortir la nuit. Le Français, que nous ne connaissons pas encore, affirme lui qu'il n'y a aucun problème et comme ça nous arrange, c'est à lui qu'on accorde notre confiance.

Le jour s'enfuit, la route file sous les roues, et notre connaissance de la ville s'élargit. On dépasse l'aéroport et on se retrouve sur la très renommée Route des Pêches qui longe la côte. La piste est de sable rouge, mitraillée de nids de poule, les cocotiers défilent devant le crépuscule, l'air de la mer vivifie. La route est splendide mais je pense que j'aurais d'autres occasions de m'étendre plus longuement sur cette authentique carte postale.

On rencontre enfin notre bonhomme, T.. Il habite avec sa femme béninoise dans une bicoque assez simple, dans un quartier calme à quelques enjambées de la plage. Il traficote à droite à gauche. Rien de bien méchant. Il essaie de lancer une petite affaire de tourisme, proposant des séjours itinérants avec son camping-car déglingué. Le Bénin n'attire pas le touriste, mais il nous prouve, photos à l'appui, que le touriste a bien tort. Quel précieux trésor, pourtant, qu'une côte aussi paradisiaque, presque sauvage, dénuée de clubs de vacances et autres complexes hôteliers de luxe...Que le Bénin reste secret et peu attrayant! C'est le mieux qui puisse lui arriver afin de préserver la valeur de son patrimoine naturel.

Il nous parle de la réserve naturelle de Penjari au Nord, où il propose de nous emmener bientôt. Il est incroyablement (peut-être trop) désireux de nous faire part de son expérience et des bons tuyaux. Mais à ce moment là, on ne sait pas encore que cette rencontre va peut-être se révéler décisive. Car lorsqu'on parle de nos domaines d'activités respectifs, il dit connaître quelqu'un en relation avec l'école de théâtre dont j'ai parlé plus tôt. Une heure plus tard, le type en question, Pierre, se pointe avec Carlos, un Béninois qui sort de l'une des deux seules promos de l'école. Là, tout s'enchaîne. Comment ne pas s'emmêler? Je vais essayer de faire dans l'ordre mais ça va être coton.

Pierre s'occupe d'une petite assoc qui envoie des jeunes Français en difficulté en séjour de rupture, ici, au Togo ou ailleurs. En parallèle, il monte des spectacles avec des groupes artistiques locaux qui peuvent exercer leur art en contrepartie d'une scolarité obligatoire. Un ancien en chemisette. Caché derrière une bonhomie naturelle, un caractère bien trempé de baroudeur. Un très bon gars. Il est donc en relation avec l'école de théâtre puisque c'est là qu'atterrissent les jeunes pour leur séjour de rupture.

Carlos, lui, est régisseur son et lumière(!). Ca s'invente pas. J'en ai déjà pas croisé beaucoup en France, mais si je pensais trouver un collègue ici...Enfin, je vais la faire courte, nos profils ne pouvaient pas mieux coller à leurs besoins.

Le rendez-vous est pris. Demain, on se retrouvera à l'école pour bavarder autour de quelques chawarmas maison.

Sur le chemin du retour, l'air est chaud, la route est peu fréquentée et la nuit apaisante. Une curieuse sensation de fricoter avec la chance ma saisit, et, à filer tête nue au travers d'un courant d'air africain, s'ajoutent des sentiments de liberté et d'insouciance, qu'on croit parfois déjà derrière nous et dont on essaie tant bien que mal de profiter sur le moment. L'exercice est complexe, la route est longue.

Le jour suivant, on trace la Route des Pêches sous un soleil de plomb et un ciel détendu. On quitte l'agglomération pour s'enfoncer dans un cadre simplement démentiel. Mais j'aurai, encore une fois, d'autres occasions de m'y attarder.

L'Ecole Internationale de Théâtre du Bénin, un modeste bâtiment blanc, juste en face de l'océan, qui renferme discrètement sous ses cocotiers une richesse improbable. On salue le directeur, Alougbine Dine, sans réaliser encore qu'on serre la pince à un ponte.

Le théâtre n'est pas encore très répandu sur le continent, mais depuis bientôt quarante ans, ce mec là oeuvre à son développement et s'avère être un metteur en scène des plus reconnus en Afrique de l'Ouest. Point de vue notoriété, on n'est ni plus ni moins en train de rigoler avec un Robert Hossein. Et pourtant, un type d'une simplicité redoutable. Il nous expose les projets de son école avec joie et lucidité, nous raconte son parcours étonnant et nous pose tout un tas de question sur les nôtres, et sur notre projet africain.

En résumé, on débarque les mains dans les poches, sans rien oser attendre, par peur de la déception et en quelques semaines, on tombe presque par hasard sur une huile du théâtre africain en demande constante de régisseurs, de musicien(ne)s et de comédien(ne)s qui tient à bosser avec nous. Et qui plus est, dans le lot, une assoc qui ne dirait pas non à des éducs spés. On va essayer de pas se précipiter pour s'extasier tant qu'il n'y a rien de concret -on a déjà donné- mais franchement, si c'est pas un foutu miracle, je veux bien en sacrifier une - de main - On pouvait quand même difficilement viser plus précis. On était loin, très loin de telles attentes. Et le timing est parfait, tout est à mettre en place. Maintenant, on a pas mal de choses à régler pour concrétiser tout ce bazar, mais on a de la motivation à revendre. Et puis ce cadre...Enfin, affaire à suivre...

 

Pour le plaisir :

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